ARTPUCE
De mai à décembre 2006, Valérie a réalisé une résidence au sein de l’entreprise STMicroelectonics Grenoble en partenariat avec le comité d’établissement et la direction du site. Cette démarche s’inscrit dans la continuité d’un projet réalisé en 2003 avec les comités d’établissements (CE) de Crolles et de Grenoble. Sur le site de Grenoble, elle a découvert un contexte de travail très différent de celui de Crolles, consacré à la production ; il regroupe principalement les secteurs « recherche et développement » de l’entreprise (source : catalogue de l'exposition Artpuce).
Le regard
Durant cette résidence, Valérie s’attache particulièrement au regard des employés en salle blanche. « En salle blanche, on ne rencontre que les yeux des gens, car chacun est vêtu de combinaison, cagoule, gants et sur-bottes. Je voulais donner un sens différent au milieu industriel. Pour moi c’est un univers fort au niveau humain, au moins du côté de la production. Il y a, pour arriver à produire, toute une structure, toute une organisation qui repose entièrement sur des relations humaines. Ce que je voulais obtenir avec les photos de tous ces regards, c’est justement un autre regard sur le milieu industriel ».
Les puces
Autre élément qui la fascine : les puces électroniques.
« Les agrandissements de photographies de puces électroniques prises au microscope optique sont un enchantement. Par la diversité des formes et des motifs colorés de la microélectronique, le monde scientifique et technologique se rapproche de l’univers du textile et même de l’organisation urbaine. Les puces ressemblent au monde moderne urbain. Certains motifs paraissent issus de civilisations anciennes. Il s’agit donc d’une esthétique qui interroge. Ce qui me plait dans ces clichés, c’est de savoir que les composants ont une fonction, mais qu’ils ont également une part esthétique indéniable ».
Des processus de fabrication similaires
Tout le matériel récolté par Valérie durant cette résidence donne lieu à des photos, des Peaux-de-photos® et des Photos-peaux® qui seront exposées lors de plusieurs expositions (voir détail ci-dessous). Comme le souligne Arnaud Maillet, il existe un lien très fort entre les processus de fabrication des œuvres de Valérie et ceux de leurs sujets, c’est-à-dire des puces électroniques : « La qualité des travaux de Valérie Legembre est non seulement de nous rendre à nouveau visible la beauté de ces puces, mais encore de nous familiariser avec le principe général de production qui a généré ces effets plastiques, lui aussi occulté par la finition du produit. De fait, la vision de certains petits détails sur les Photos-peaux® nous apprend à reconnaître les indices procéduraux qui vont nous permettre de recréer mentalement tant les processus de fabrication des puces que ceux des œuvres de l’artiste. En effet, à l’instar des Peaux-de-photos®, les puces sont, elles aussi, obtenues par superposition de nombreuses couches dont chacune est gravée suivant des designs très complexes qui définissent leur fonctionnalité. Et, lors de ces procédures artistiques de superposition, les Peaux-de-photos®, tout comme les Photos-peaux®, témoignent de la méticulosité du travail de l’artiste, d’une précision chirurgicale, qui n’est pas sans évoquer les conditions de production des puces ».
Des questionnements et des nouveaux liens
Mais au-delà des œuvres réalisées, l’expérience Artpuce suscite toute une série de questionnements. Valérie, bien sûr, s’interroge sur la microélectronique maintenant omniprésente dans notre quotidien à travers les puces dans nos ordinateurs et nos téléphones portables ; sur l’ère du numérique qui a transformé nos relations aux autres, au monde… Mais son travail suscite également des réactions chez les employés de l’entreprise.
« Partout où je me suis rendue, j’ai pu établir un dialogue de qualité ; c’était très intéressant. Chacun m’a consacré du temps alors qu’il avait son propre travail à effectuer. J’ai constaté qu’une fois la relation établie, les personnes me sollicitaient spontanément. Je me suis aperçue que ma démarche entrait en résonance avec leur imaginaire. Ils l’intégraient dans leur cadre de travail et portaient un regard nouveau sur leur environnement ».
Une résidence est en effet l’occasion d’établir de nouveaux liens. Comme l’a constaté Valérie, « il est difficile pour les salariés de communiquer sur cet univers de travail si spécifique. Je crois qu’à travers ma démarche, j’établis des liens entre l’intérieur et l’extérieur de l’entreprise. Le fait d’arriver avec mon appareil, de photographier les puces mais aussi, les personnes et leur environnement, cela touche à une dimension plus personnelle. J’ai senti que cet aspect était important ; j’ai donc fait évoluer mon projet d’exposition en conséquence. Je présente une sélection de photos liées aux hommes et à leur environnement ; c’est aussi une façon pour moi de leur rendre hommage. Le fait de photographier les personnes en situation de travail peut être perçu comme une valorisation de leur univers quotidien ».
C’est aussi l’occasion de confronter deux mondes que l’on pense souvent en opposition et de remettre en question cette conception. « À vrai dire, plus je m’immerge dans l’univers scientifique, plus je prends conscience des similitudes et des différences qui existent entre ces deux approches. La dimension d’observation des phénomènes, leur prise en compte mais aussi la place laissée au hasard. Ce qui me fascine c’est d’observer la manière dont l’homme s’organise au cœur de l’entreprise ; à la manière d’un ethnologue, je découvre ces organisations avec leurs systèmes de communication propres, leurs objectifs et leur rapport au monde extérieur. Je trouve que ces organisations dégagent quelque chose de très créatif ».
Expositions Artpuce
Suite à cette résidence, plusieurs expositions ont eu lieu :
2008 « Artpuce », CEA, Grenoble
2007 « Artpuce », Espace Paul-Jargot et STMicroelectronics, Crolles
« Artpuce », extrait Rencontres-I, Hexagone scène de Meylan
2006 « Artpuce », Entreprise STMicroelectronics, Grenoble