Scultos

 

« Voici quelques sculptures-photos, sculptures de photos de Valérie Legembre, plasticienne-photographe, qu'elle appelle "Scultos". Ces sculptures en résine enserrent des "peaux de photos" : c'est-à-dire la matière photographique-même, patiemment séparée de son support papier - l'opération étant répétée un certain nombre de fois à partir d'une même photo, ces très minces couches sont ensuite méticuleusement superposées pour obtenir une "peau de photo" toujours fragile mais au corps plus viable et autonome que la matière de départ, qui privée de son support a tendance à se replier et se recroqueviller. Appeler "peau" cet état de la photo lui confère une organicité, et la situe dans un lieu ambigu, entre protection et vulnérabilité, extérieur et intérieur.

Pourtant on placerait volontiers la peau de photo du côté de l'intériorité : elle serait en quelque sorte l'âme de la photo, car elle donne à voir le mystère de l'image-même, en remontant à l'instant où par un processus (al)chimique celle-ci fut "révélée" avant d'être "fixée" sur du papier… Superposer la matière photographique pure en la privant de son papier a pour conséquence une intensification des couleurs, si bien que "les couleurs propres de la vie se foncent, dansent et se dégagent" (« Being Beauteous », dans Illuminations de Rimbaud). Le résultat gagne alors, par sa transparence, à être présenté éclairé.

La résine était la matière idéale pour enserrer ces films précaires : elle leur conserve leur translucidité, tout en les remodelant, leur donnant une forme dans l'espace, une verticalité en résonance avec celle du sujet de la photo de départ. En effet, Valérie Legembre montre une prédilection pour les photos d'architecture urbaine et le thème des façades de fenêtres, de leur répétition-varation (forme, frontons, vitres, rideaux...). Comme pour mettre en abyme cette répétitivité, elle l’exploite dans des séries. En écho aussi à la répétition de son propre geste : découper patiemment les émulsions, les superposer (à la manière des nombreuses couches des laques japonaises, faites d'ailleurs de résine...). La superposition se retrouve ensuite en aval : en présentant les peaux de photos en trois dimensions, prises dans la résine, il est offert au spectateur la possibilité, selon son angle de vue, de faire se recouvrir par le regard les images, grâce au jeu de la transparence. C'est là le thème de la fenêtre, d'ailleurs : donner à voir l'intérieur, ce qu'il se passe derrière. Mais dans une nouvelle architecture, un habitat précaire à son tour, car la résine déforme, brouille les contours. Le nouvel édifice vacille, craquelle, menace de s'écrouler comme en proie à un tremblement de terre au Japon (pays pour lequel Valérie Legembre éprouve une grande attirance). »

Doriane Bier, agrégée de lettres modernes 
Extrait de l’article de l’exposition « Paysage urbain »
Galerie L’usine, Ste Foy-lés-Lyon 2008

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L'atelier Scultos

Atelier
5 rue Crépu
38000 Grenoble
Visites sur rendez-vous :
06 07 17 61 43
valerie@legembre.com